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Un nouveau compagnon

Un nouveau compagnon - Luc Grégoire

Catherine s’inquiète pour moi. Nous sommes amis depuis vingt ans et elle a toujours été là pour me soutenir quand j’allais mal. Notamment lorsque Marie m’a quitté. J’ai cru que je ne m’en remettrais jamais. Catherine ouvrait son canapé-lit tous les soirs pour m’accueillir chez elle. J’étais très malheureux et elle me consolait. Mais le temps fait bien les choses, et petit à petit, j’ai repris le dessus. J'ai refait du sport, j’ai changé d’adresse, j’ai fait de nouvelles rencontres et j’ai recommencé à vivre. J’ai fini par oublier.

J'habite dans une maison charmante, en pleine campagne, loin du bruit et de la foule, à deux pas de la ville. La solitude me va bien et je n’ai pas l’intention pour le moment de m’enticher d’une femme, aussi belle et intelligente soit-elle.

Mais Catherine n’est pas de cet avis. Elle est persuadée qu’il me faudrait une compagne. D’ailleurs, je la soupçonne, en douce, de jouer les entremetteuses. La semaine dernière, lors du dîner qu’elle avait organisé avec ses collègues de bureau, elle m’a présenté une charmante personne qui, par le plus grand des hasards, était célibataire. Et apparemment, j’étais tout à fait son genre. Nous avons bavardé longtemps. La nuit était douce et nous avions bu un peu de vin. J’étais détendu et je me laissais séduire. Elle m’a donné son numéro de téléphone. Mais je ne l’ai jamais rappelée. Je n’étais pas prêt.

Un soir où j’avais envie d’inaugurer mon nouveau barbecue, j’ai proposé à Catherine, Paul son mari et quelques voisins, de souper à la maison. Après un brin de ménage, quelques courses à faire et une livraison de colis urgent à préparer, j’ai installé des bougies partout pour rendre l’ambiance plus chaleureuse et j’ai dressé une belle table décorée de bouquets champêtres. C’était la première fois que je recevais du monde depuis ma séparation. Alors que mes premiers hôtes arrivaient, Catherine m’a embrassé et m’a tendu une boîte, ornée d’un joli ruban rouge. Je l’ai ouverte.

J’ai découvert avec étonnement une boule de poils, semblable à une peluche, lovée au fond du carton, endormie. Cet adorable Berger des Pyrénées de 3 mois s’appelait Hector. Je l’ai pris dans mes bras, attendri par la douceur de son pelage et il m’a fallu seulement quelques secondes pour l’adopter. Il remuait dans tous les sens, sortant sa petite langue rose pour lécher mon visage comme pour me faire comprendre qu’il m’aimait déjà. J’étais ému et plein de reconnaissance à mon amie qui me souriait, ravie de sa merveilleuse idée.

Les premiers mois ont été un peu difficiles. Hector faisait ses besoins partout dans la maison et il me fallait beaucoup de patience pour ne pas le gronder. Et je ne vous parle pas de mes pantoufles éventrées, de mes coussins dévorés et de mes plantes arrachées. Il pleurait beaucoup la nuit et ne supportait pas de dormir dans la cuisine. Alors j’ai fini par installer son panier au pied de mon lit.

Je me suis habitué à sa présence et en quelques semaines, nous étions devenus inséparables. Je ne pouvais pas faire un pas sans l’avoir dans mes pattes. C’était un vrai bonheur de le voir grandir, et découvrir mon univers.

Aujourd’hui, Hector a un an et pèse 40 kilos.

Il ne me quitte plus. Nous partageons tout : les randonnées en forêt, les pique-niques en famille, les baignades, les matchs de football sur la plage avec les copains, les veillées au coin du feu, les croissants du matin, et même les films sur la chaîne « cinéma ». Car Hector adore la télévision !   

Et s’il m’arrive quelquefois de le laisser chez mes parents pour un week-end, j’ai hâte de le retrouver. Il est vrai que mon emploi du temps est un peu chamboulé depuis qu'Hector vit ici,  mais grâce à lui, mon existence a trouvé un sens. Je ne suis plus seul.  Et à ma grande surprise, cela me rend heureux.

Demain, nous avons rendez-vous avec la vétérinaire. Elle adore Hector et ne manque jamais de prendre de ses nouvelles quand je la croise chez le boulanger. Elle est plutôt jolie et semble s'intéresser à moi.

Et si je l’invitais à dîner ?

Hector a dit oui. 

 

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L'humour est la forme la plus saine de la lucidité... Cette citation n'est pas de moi, évidemment. Cette citation est de Jacques Brel. Mais c'est probablement sur ces sages paroles que j'ai décidé d'asseoir les fondations de ma vie. Mais ne vous méprenez pas, je sais être sérieux quand le besoin le nécessite, toutefois, la vie est déjà si difficile parfois, que de tout prendre avec un sourire ne peut que l'embellir !